Après des années d’une verve sculpturale hiératique qui dérangeait souvent par l’aspect équarri de ses longues silhouettes, telles des squelettes redressés où s’accrochaient encore des lambeaux de suaire, Laurence Pecquet a quelque peu revisité ses personnages si discutés.
Elle travaille toujours un plâtre brut et sans apprêt sur une armature métallique, dans l’insouciant dédain de plaire par un esthétisme convenu. Mais elle couvre aujourd’hui le scandale de leur anatomie décharnée de capes et de manteaux susceptibles de nous les rendre plus fréquentables. Il reste, sous la trame des tissus plâtrés, eux aussi, dans l’élégant mouvement de plissés et de tombés dignes d’un habile couturier, l’ancienne et terrible impudeur des premières œuvres, comme Klimt peignait d’abord des corps nus avant de les parer d’atours chamarrés. Nulle chaire satisfaite ne palpite sous le jeté des drapés. Les grandes figures solitaires se lèvent toujours, inébranlables face au monde, à l’instar des poètes ou de leurs ombres recluses, quoiqu’ indétrônables.
Je ne saurais prédire que le travail actuel de Laurence Pecquet, en pleine phase de transition, inspire moins qu’avant le malaise. Ce dont je suis certaine, c’est que l’imaginaire, lui, vit bel et bien dans ces cris muets et que l’Art n’est pas là pour séduire ni rassurer.
Martine Bergé |